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Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors de son entretien avec Manuel Domingos Augusto, Ministre des Affaires étrangères de la République d'Angola, Moscou, 26 août 2019

1700-26-08-2019

Chers mesdames et messieurs,

Nous venons de mener un très bon entretien. Nous avons évoqué en détail l'état des relations bilatérales entre la Russie et l'Angola, ainsi que notre coopération sur la scène internationale.

Nos pays sont liés par des liens d'amitié et de coopération de longue date, remontant à l'époque de la lutte du peuple de l'Angola pour sa liberté et son indépendance.

Nous avons constaté le niveau élevé d'entente et de confiance, qui se renforce. Nous avons évoqué en profondeur les orientations concrètes de la coopération bilatérale, notamment dans les domaines faisant l'objet des ententes conclues lors de la visite officielle du Président de l'Angola Joao Lourenço en Russie en avril dernier, et de son entretien avec le Président russe Vladimir Poutine.

Nous nous sommes prononcés pour un élargissement du dialogue politique. Nous avons noté que nos liens commerciaux et économiques allaient crescendo, ce qui correspond à notre aspiration mutuelle à faire passer le partenariat d'affaires bilatéral au niveau supérieur. Nous poursuivons la préparation de la mise en œuvre de plusieurs projets mutuellement bénéfiques dans le secteur de l'industrie et de la production minière, notamment de diamants, ainsi que dans le secteur de l'énergie, de la pêche, des transports, du complexe agroindustriel, de la communication spatiale, dans le domaine financier et monétaire, ainsi que de la coopération militaro-technique. Nous sommes convenus que la prochaine réunion du Comité intergouvernemental russo-angolais pour la coopération militaro-technique se tiendra au second semestre de l'année et constituera le prochain pas dans ce sens.

Dans le secteur économique, les compagnies russes s'intéressent de plus en plus au marché angolais, vaste et prometteur. Nous sommes convenus de continuer d'apporter une contribution à nos milieux d'affaires pour établir des contacts directs, notamment dans le cadre de la Commission intergouvernementale russo-angolaise pour la coopération économique, scientifique et technique et pour le commerce. Le Conseil d'affaires russo-angolais, créé en mars dernier, sera d'une grande aide en la matière. En marge du sommet Russie-Afrique des 23 et 24 octobre à Sotchi  sont prévus une réunion des coprésidents de la Commission intergouvernementale et un dialogue avec la participation de compagnies russes et angolaises qui interagissent dans le cadre de nos plans d'approfondissement de la coopération économique.

Nos échanges socioculturels et interrégionaux se développent bien. Nous avons noté la bonne pratique et la bonne expérience de formation de spécialistes angolais dans les universités russes. Actuellement, près de 1.120 Angolais étudient dans des universités russes et encore une vingtaine de personnes suivent leurs études dans les établissements du Ministère russe de l'Intérieur.

Nous nous sommes mis d'accord pour poursuivre le perfectionnement de la base juridique et contractuelle bilatérale dans des domaines comme la reconnaissance réciproque des documents d'éducation, l'instauration et les conditions de l'activité de centres culturels et d'information, la coopération dans les situations de crise, l'usage pacifique de l'énergie nucléaire, la navigation commerciale et d'autres.

Nous avons échangé nos avis sur les problèmes d'actualité régionaux et internationaux à partir d'approches convergentes ou coïncidentes. Nos pays sont d'accord sur la nécessité de respecter rigoureusement le droit international en parfaite conformité avec la Charte de l'Onu. Cela implique avant tout le respect de la souveraineté de chaque État, le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures et, bien sûr, la prise en compte de la diversité culturelle et civilisationnelle du monde contemporain, où chaque nation a le droit de déterminer elle-même ses voies de développement. En s'appuyant sur ces principes fondamentaux, nous coopérons étroitement à l'Onu, nous nous soutenons. Nous remercions nos amis angolais pour la co-rédaction et leur vote favorable à toutes les initiatives principales de la Russie à l'Onu.

Il a été très utile d'entendre l'avis de nos amis angolais sur la situation en Afrique, notamment dans les points chauds, comme la RDC et dans l'ensemble la région des Grands lacs, la Centrafrique et d'autres. Nous tenons en grande estime le rôle de maintien de la paix actif de l'Angola dans la contribution au règlement des conflits sur le continent africain. Nous sommes convaincus, comme nos amis angolais, que le règlement des problèmes sur le continent nécessite une approche globale qui implique des actions concertées des Africains eux-mêmes avec le soutien de la communauté internationale. De notre côté, nous avons réaffirmé notre disposition à contribuer, notamment en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, au renforcement de la stabilité et de la sécurité en Afrique.

La coopération des organisations et des États africains avec les Brics est un axe important des relations internationales contemporaines. Nous sommes convenus de poursuivre la pratique introduite en 2018, quand les représentants des principales organisations sous-régionales africaines avaient assisté au sommet des Brics.

Je voudrais souligner tout particulièrement que sur un problème aussi sérieux que la nécessité de réformer le Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie prône fermement la plus large entente possible avec une attention prioritaire au règlement du principal défaut de la composition actuelle du Conseil de sécurité: la représentativité insuffisante des pays émergents. Toute réforme du Conseil de sécurité des Nations unies doit avoir pour objectif principal une hausse de la représentativité de l'Asie, de l'Amérique latine et obligatoirement du continent africain. En septembre 2019, la Russie présidera le Conseil de sécurité des Nations unies. L'une de nos activités clés concernera l'aide aux Africains dans le règlement de leurs problèmes en matière de crises, de conflits et d'autres situations.

Dans l'ensemble, nous sommes satisfaits par le bilan de ces pourparlers. Je suis certain que la visite du Ministre des Affaires étrangères de la République d'Angola Manuel Domingos Augusto contribuera à faire avancer la coopération russo-angolaise. Je vous remercie.

Question: Le Ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a récemment déclaré qu'il considérait la progression de l'armée syrienne dans la libération de Khan Cheikhoun et d'autres territoires comme une grossière violation de l'esprit aussi bien des accords d'Astana que de Sotchi. Êtes-vous d'accord avec cet avis?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne les événements dans la zone de désescalade d'Idleb, notamment dans la région de Khan Cheikhoun et les environs, les forces armées syriennes agissent avec notre soutien et n'enfreignent aucun accord. Le Président russe Vladimir Poutine a déclaré plusieurs fois que les accords de septembre dernier prévoyaient la mise en place d'une zone de désescalade et la garantie du cessez-le-feu des groupes armés illégaux, tout en sachant que les terroristes désignés comme tels par le Conseil de sécurité des Nations unies n'échappaient pas aux décisions prises au Conseil de sécurité des Nations unies. Ils n'étaient initialement pas concernés par le cessez-le-feu.

Il est devenu clair que non seulement les terroristes ne s'étaient pas calmés, mais qu'en plus ils renforçaient leur activité provocatrice depuis la zone d'Idleb, en attaquant les positions de l'armée syrienne, les sites civils, ainsi que la base aérienne russe de Hmeimim. Au début de l'année, nous nous sommes entendus une nouvelle fois avec nos collègues turcs sur la nécessité de créer à l'intérieur de la zone de désescalade d'Idleb une bande démilitarisée pour empêcher la présence d'armements susceptibles d'atteindre les sites mentionnés de l'armée syrienne, les sites civils et notre base militaire. Pour que cette bande démilitarisée fonctionne, nos partenaires turcs y ont mis en place plusieurs postes de surveillance. Nous avons suggéré d'organiser des patrouilles conjointes. Nous n'y parvenons pas pour l'instant. Malgré toutes les mesures prises, y compris la création de postes de surveillance de l'armée turque, les tirs en provenance de la zone d'Idleb, comme nous l'avons dit à plusieurs reprises, ont continué notamment "au-dessus de la tête" des observateurs turcs et sont même devenus, dans une certaine mesure, plus intenses. Afin d'empêcher de telles violations et activités provocatrices inadmissibles, nous frappons évidemment les cibles d'où émane la menace pour le territoire syrien et celui de notre base aérienne. Il n'a jamais été convenu de ne pas entreprendre de telles ripostes contre les structures terroristes lançant des attaques. C'est pourquoi, quand l'armée syrienne a éliminé le foyer de Khan Cheikhoun, cela a été fait de manière parfaitement légitime et cela était nécessaire pour atteindre les objectifs fixés par le Conseil de sécurité des Nations unies pour régler la crise en Syrie.

Je voudrais noter que nous entendons trop souvent des déclarations émotives concernant les souffrances de la population civile et la violation du droit humanitaire international lors des activités de l'armée syrienne avec le soutien de l'aviation russe à Idleb. On énumère les hôpitaux qui auraient été sciemment détruits, on propage d'autres allégations. Je voudrais une nouvelle fois exprimer l'espoir que les médias internationaux et la communauté journalistique s'appuieront tout de même finalement sur des faits, et non sur les affirmations mentionnées, d'autant que la plupart de ces insinuations proviennent du groupe tristement célèbre des Casques blancs. Nous savons bien qui ils sont. Nous ferons tout pour que les journalistes puissent voir de leurs propres yeux ce qui fait l'objet de la campagne actuelle, tellement nerveuse.

Question: Parmi les membres du G7 a eu lieu un vif débat concernant l'éventuel retour de la Russie dans ce club. Y a-t-il des perspectives de coopération dans ce format? A quelles conditions la Russie pourrait-elle accepter de revenir? Pourrait-elle accepter l'invitation si les États-Unis proposaient de participer au prochain sommet?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne le G8 ou le G7, même sans nous ils n'ont rien pu y signer. En commentant ce thème il y a une semaine lors de son entretien avec le Président français Emmanuel Macron, le Président russe Vladimir Poutine a déclaré que le G8 n'existait plus depuis longtemps - c'est ce qu'ont décidé nos partenaires occidentaux. Nous travaillons activement et de manière productive dans d'autres formats à présent: les Brics, l'OCS, les associations d'intégration dans l'espace postsoviétique, le G20, sans parler de l'Onu. Jamais, durant toutes ces années, nous n'avons mentionné le thème du G8 avec qui que ce soit, et nous n'y avons jamais fait allusion en établissant nos plans en politique étrangère. Tout à coup les collègues occidentaux se sont souvenus du G8, et ce immédiatement dans des commentaires publics. Certains ont parlé de la nécessité de faire renaître le G8, d'autres se sont mis à avancer des conditions. Ou encore, au lieu de reformer le G8, d'inventer une sorte de G7+1. Cela donne l'impression que les membres du G7 cherchent à se convaincre ou à se dissuader eux-mêmes. Comme je l'ai déjà dit, nous l'avons appris dans les déclarations publiques de certains collègues occidentaux. Nous n'avons émis aucune requête à ce sujet et nous n'avons pas l'intention de le faire. La vie a beaucoup avancé. Comme l'a dit le Président russe Vladimir Poutine à Brégançon, nous n'évitons pas les contacts avec les pays membres du G7 mais en ce qui concerne l'économie mondiale et la politique, notamment financière, les principales questions se décident actuellement au G20. Il y a tous les membres du G7, tous les membres des Brics. Nos positions au G20 sont définies par les approches coordonnées dans le groupe des Brics. C'est bien connu. Il faut partir de cette réalité.

Question: Pourriez-vous donner votre avis sur le fait que les États-Unis ont menacé les participants à la Foire internationale de Damas?

Sergueï Lavrov: La Foire internationale de Damas s'ouvre dans quelques jours. Nous avons entendu que les États-Unis avaient menacé de sanctions tous ceux qui comptaient y participer en partant du principe que toute présence à cette activité signifierait un "soutien", comme ils disent, au "régime syrien". C'est une rhétorique bien connue, que nous entendons régulièrement concernant la Syrie et bien d'autres pays où les gouvernements adoptent des positions autonomes au lieu d'avancer sous la houlette de quelqu'un.

Par ailleurs, je voudrais souligner une circonstance qui n'est pas mentionnée par l'administration américaine concernant les menaces visant tous les participants à la Foire internationale de Damas. Je fais allusion à ce que fait l'administration américaine et ce qu'elle appelle ses alliés à faire sur la rive Est de l'Euphrate. Ils s'y comportent de manière complètement différente: non seulement ils n'interdisent pas à qui que ce soit de réaliser des projets de l'autre côté de l'Euphrate, mais en plus ils appellent instamment leurs alliés dans la région et en Europe à tout faire pour y rétablir une vie normale, l'infrastructure, et engager des démarches pour régler les problèmes humanitaires et, sur le plus long terme, créer les conditions pour un fonctionnement normal de ce territoire. Je laisse de côté la question du réalisme de cette vision dans un contexte où on ne parvient toujours pas à s'entendre sur le règlement des problèmes militaro-politiques, la garantie de la sécurité.

Vous le savez, il y a des discussions entre les États-Unis et la Turquie, entre les Kurdes et les Arabes. La situation n'est pas simple. Mais je le dis seulement pour souligner le caractère inadmissible d'une approche par laquelle, en promouvant une telle ligne vis-à-vis de la rive Est de l'Euphrate, les États-Unis visent à saper la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Syrie. C'est une grossière violation des engagements que les États-Unis ont endossés avec tous les autres membres de la communauté internationale en votant pour la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui réaffirme clairement l'immuabilité de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Syrie. J'espère que nos partenaires américains seront plus respectueux du droit international. Bien que leurs actions vis-à-vis du programme nucléaire iranien, de l'Accord de Paris sur le climat, ou encore du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, ne permettent pas d'espérer que nos appels seront entendus.

Question: Il a été annoncé hier qu'un sommet du "format Normandie" pourrait se réunir prochainement. Prévoit-on une réunion ministérielle en amont? Si oui, quand pourrait-elle avoir lieu?

Sergueï Lavrov: Nous avons dit plusieurs fois que le "format Normandie" était utile. Le Président russe Vladimir Poutine l'a réaffirmé lors de sa rencontre avec le Président français Emmanuel Macron au fort de Brégançon. Mais nous rappelons constamment à nos partenaires que pour éviter d'écorner l'autorité de ce format, il faut garantir la mise en œuvre des décisions qu'il a prises auparavant. L'une des ces décisions concerne la séparation des forces et des moyens, en commençant par trois régions. A Stanitsa Louganskaïa, qui était la pierre d'achoppement à cause de la position complètement destructive du régime de Piotr Porochenko, la séparation a enfin commencé. Elle a même déjà sérieusement avancé. A présent, les parties ont commencé à supprimer les fortifications des deux côtés de la ligne de contact. Il y a un dialogue sur la réparation du pont de Stanitsa Louganskaïa. C'est une évolution très positive. Après cela, il faudra organiser de nouveau la séparation des forces et des moyens de deux autres régions désignées par le "format Normandie": Petrovskoe et Zolotoe. La séparation y a eu lieu, mais ensuite les forces armées ukrainiennes y sont revenues "en régime rampant". Le groupe de contact s'en occupe. J'espère que la séparation des forces et des moyens aura lieu dans les trois régions, et que le "format Normandie" pourra s'entendre pour étendre cette pratique à toute la ligne de contact. Cela serait très important.

La deuxième condition à remplir est de fixer sur le papier, au niveau juridique, la "formule de Steinmeier" selon laquelle le statut particulier des territoires du Donbass sera décrété provisoirement le jour des élections et à titre permanent quand les observateurs de l'OSCE présenteront leur rapport confirmant que les élections ont été libres et justes. Je pense que c'est le minimum, bien connu de tous, et qui est nécessaire pour parler d'un nouveau sommet au "format Normandie".

Quant au contact ministériel, vous le savez, nous n'avons pas encore de partenaire en Ukraine. Le gouvernement n'y est pas encore constitué. Avant de parler et de planifier des contacts au "format Normandie", nous voudrions comprendre comment le nouveau gouvernement, quand il sera constitué, déterminera sa position concernant les Accords de Minsk. Tout comme nos partenaires allemands et français, nous espérons vraiment que le nouveau gouvernement confirmera clairement son attachement aux Accords de Minsk.

Cette réaffirmation est d'autant plus sollicitée qu'en période de campagne et immédiatement après les élections, nous avons entendu de nombreuses déclarations contradictoires de la part des représentants de la nouvelle administration, du nouveau bureau du président ukrainien, qui allaient à l'encontre des engagements de Kiev dans le cadre de ce document important. C'est pourquoi je souligne une nouvelle fois que la réaffirmation de l'attachement aux Accords de Minsk par le gouvernement ukrainien aura une très grande importance.

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